![]() |
|
|
|
|
|
|
|
Les vins et les fromages : rouge ou blanc? Par les temps qui courent, on parle souvent du fait que les vins blancs font meilleur ménage avec les fromages que ne le font les vins rouges. C’est la tendance, dit-on, mais est-ce une mode ou un réel constat? Pourtant depuis la nuit des temps, on déguste les rouges avec les fromages et pendant des siècles, cette manière de faire a eu l’air de satisfaire plus d’un dégustateur. Serions-nous si différents de nos prédécesseurs? Il s’agit d’une tendance lourde qui a perduré longtemps avant que certains dégustateurs montent aux barricades et dénoncent ce que certains appellent une hérésie. Comment alors se fait-il que dans l’imaginaire collectif, on préfère souvent le vin rouge pour accompagner les fromages? Je me suis posé la question et en fait, j’ai trouvé plusieurs réponses. La première explication est probablement due au fait que lors d’un repas on sert traditionnellement le ou les fromages après le plat principal et que le vin qui accompagne ce service est la plupart du temps un rouge, il est de mise de continuer avec le même vin avec les fromages. On a même tendance à penser que plus ce rouge est costaud, il fera encore mieux l’affaire. Mais cette explication, bien que pleine de sens ne me satisfait pas complètement. Bien avant que l’on décortique, comme on le fait aujourd’hui, les accords mets et vins, les coutumes étaient bien ancrées dans les mœurs et le rouge était de mise. En fait, pour trouver la réponse il faut reculer dans le temps, au temps en fait où la bouteille n’avait pas encore été inventée (XVIe siècle). À cette époque on conservait les vins en fûts, parfois dans des amphores. On buvait le produit de la dernière récolte et rarement gardait-on le vin plus d’un an. Cela donnait des vins rouges ayant une structure tannique souvent frêle et dominée par le fruit issus d’une vinification parfois expéditive. Des vins donc peu tanniques, frais et légers en alcool. Leur structure s’apparentait beaucoup plus à celle d’un vin blanc ou à un rosé qu’à celle d’un vin rouge telle qu’on l’entend aujourd’hui. En associant ces vins aux fromages de l’époque (là aussi il y a eu une évolution surtout en termes d’affinage) les gens y trouvaient leur compte et ne se souciaient guère du déséquilibre qui en résultait. C’est pourquoi encore aujourd’hui la plupart du temps on préfèrera acheter une bouteille de rouge plutôt qu’un blanc ou un liquoreux lors d’un « vins et fromages ». Sans aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’une hérésie, il faut tout de même admettre que dans un match comparatif, le vin rouge sortira presque invariablement perdant vis-à-vis un vin blanc ou un liquoreux. Il faut savoir que les tannins et les types de caractères fruités qu’on perçoit dans la plupart des vins rouges (fruits noirs, baies des champs) s’accommodent mal des bactéries lactiques et ne font pas bon ménage avec les saveurs qu’on retrouve dans les fromages. Les tannins paraissent rudes et agressifs et l’équilibre en bouche s’avère précaire. Le débat qui entoure les accords avec les vins et les fromages fait rage depuis fort longtemps. On nous rebat les oreilles avec le fait que les vins blancs font meilleur ménage avec les fromages et avec raison. Malgré ce constat certains préfèrent toujours le vin rouge et ils ne veulent rien entendre du discours de ceux qui prônent les accords avec les vins blancs ou liquoreux. Probablement qu’il y a un bon nombre de personnes parmi celles-ci qui s’accommodent aussi d’un vin rouge avec le poisson ou avec les fruits de mer. Ce sont des inconditionnels du rouge et je dirais presque que c’est peine perdue. Il y a moyen toutefois avec certains vins rouges de réaliser des accords où l’équilibre, bien que chancelant, représente une harmonie relative et ainsi en retirer un plaisir satisfaisant. Pourtant le mariage entre le vin et les fromages n’est pas différent des autres types d’accords. De la même manière qu’on examine un plat cuisiné, on doit considérer la couleur, la texture, la puissance aromatique et aussi l’origine ou si vous préférez l’accord régional. Examinons tout ce qui mène à un accord réussi dans le cas des fromages et par le fait même observons chacun des aspects vis-à-vis les différents types de vins :
Voici quelques suggestions de vins pouvant convenir aux différents types de fromages : Fromages de chèvre : Pour les fromages ayant subi un affinage, prioriser les vins blancs ayant une bonne acidité, aromatiques et fruités. En France, les vins de Loire de cépage chenin ou sauvignon comme les Sancerre blanc, Pouilly-Fumé et Menetou-Salon ou Vouvray sec feront l’affaire ainsi que les vins blancs de Bordeaux et les rieslings alsaciens. Ailleurs dans le monde, on peut citer les vins à base de sauvignon en provenance de la Nouvelle-Zélande, les chenins de l’Afrique du Sud et aussi les vins à base d’insolia (Italie). Pour les fromages légers et n’ayant pas subi d’affinage il est préférable d’y aller avec des vins plus légers, alliant vivacité et fruité comme le Muscadet, un sylvaner ou un pinot blanc d’Alsace ou le Picpoul de Pinet (Languedoc) ainsi que des vins comme l’Orvieto (Italie). Fromages de brebis : Les fromages de brebis sont en général très fins, élégants et équilibrés. Vins blancs gras et secs à base de chardonnay en provenance d’une région de qualité comme la Bourgogne seront en parfaite harmonie. Prioriser les appellations de prestige comme Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet, Ladoix ou Beaune pour n’en nommer que quelques-unes. Fromages de vache à pâte molle à croûte fleurie : Comme dans le cas précédent, prioriser les vins blancs de cépage chardonnay. Les vins mousseux et particulièrement les Champagnes se marieront à merveille. Fromages de vache à pâte molle à croûte brossée ou lavée : On peut y aller avec des vins à base de chardonnay comme dans les deux cas précédents, mais aussi avec des vins plus structurés comme un pinot gris si le fromage s’avère être plus puissant. Certains Champagnes, à base de pinot noir surtout, feront également bon ménage. On peut également jumeler un vin à base de viognier (Saint-Joseph blanc) ou un vin blanc issu d’assemblage de type rhodanien (grenache, marsanne, roussanne, viognier). Fromages de vache à pâte dure : Dépendant de la structure du fromage et de son temps d’affinage, il faudra un vin ayant une structure équivalente. Le pinot gris offre des caractéristiques qui le placent au sommet de la pyramide. On peut également jumeler un vin à base de gewurztraminer si le fromage offre des arômes floraux. Un riesling charnu, un Alsace grand cru par exemple fera également bon ménage ainsi qu’un vin blanc moelleux ou demi-sec. Comme dans le cas précédent, on peut également jumeler un vin à base de viognier (Saint-Joseph blanc) ou un vin blanc issu d’assemblage de type rhodanien (grenache, marsanne, roussanne, viognier). Pour les inconditionnels du rouge, les vins à base de pinot noir s’avèrent de bons compromis. Fromages à pâte persillée : La plupart des vins blancs moelleux et liquoreux se marieront à merveille avec ce type de fromages. Les Sauternes, Bonnezaux et autres vendanges tardives sublimeront l’accord. Ici, on peut aisément jumeler un Porto, un Banyuls ou un Recioto dela Valpolicella. Pour voir l’une des entrevues de Jean-Louis Doucet et Ghislain Paquet à TVA
:
Pour accéder aux publications précédentes, cliquez ici. Pour voir mes plus récents livres en librairie, cliquez ici. Jean-Louis Doucet Votre cyber-sommelier © Tous droits réservés / All rights reserved lecyber-sommelier.com |