|
|
La chronique vinicole
Du blanc ou du rouge? (quatrième partie)
Toute bonne chose a une fin. Après avoir traité du sujet
du mode de cuisson, des aromates et des accompagnements, je vous
entretiendrai de l’importance de la sauce sur les accords mets et vins.
L’importance de la sauce :
Avant de parler des différents types de sauces, discutons de l’importance de
celles-ci. Plusieurs sommeliers considèrent que la sauce est plus importante
lorsque vient le temps de choisir le vin qui accompagnera le mieux une
recette. C’est vrai dans la mesure où la sauce est l’élément de la recette
qui est en évidence. De nos jours, il est de mise d’ajouter un peu de sauce
sur une viande ou un poisson. Dans ce cas, la sauce est moins importante
puisqu’elle n’ajoute que très peu de goût au plat et met à l’avant-plan les
saveurs naturelles de l’aliment. Par contre, il en va tout autrement lorsque
l’aliment baigne dans la sauce. Dans ce cas, la sauce est mise à l’avant-plan
et les goûts transmis par celle-ci prendront le dessus sur tout l’ensemble.
Les types de sauces :
En cuisine, il y a plusieurs types de sauces. Je ne
traiterai pas ici de tous les types de sauces. Même le livre de cuisine le
plus complet ne traite pas de tous les types de sauces et comme mon but
n’est pas de vous endormir avec mes chroniques, je vais me contenter
d’effleurer le sujet.
-
A- Les fonds : Un fond est un bouillon ou un jus destiné au
mouillement des sauces, des ragoûts, etc. C’est la base de la
plupart des sauces et aussi des potages. Ils sont généralement
préparés avec des os ou des carcasses ainsi que des légumes ou
mirepoix (légumes et aromates). La méthode employée pour les
préparer diffère selon qu’il s’agit d’un fond de volaille, de
poisson ou de viande rouge (veau, bœuf ou gibier). Dans le cas
d’un fond de volaille par exemple, le fond débute et se termine
dans un chaudron. Pour un fond de poisson, qu’on appelle fumet,
c’est sensiblement la même méthode. Pour un fond de veau ou à
base d’une autre viande rouge, il débute au four à feu élevé
pour se terminer dans un chaudron. Le temps passé au four
donnera une dimension supplémentaire au fond, car en plus
d’accentuer les goûts, il apportera de la couleur. Il existe
également des fonds de légumes, sans viande. Un de mes préférés
est le fumet de champignons. Très facile et rapide à faire (une
dizaine de minutes), ce dernier apporte des goûts fins et
raffinés. Il y a aussi le court-bouillon. Il s’agit généralement
d’eau salée aromatisée et généralement additionnée de vin (la
plupart du temps de vin blanc). Employé surtout pour les
préparations à base de poisson ou de fruits de mer. Le
court-bouillon a une texture plus légère et moins grasse que la
plupart des fonds. Accords : Les fonds de veau ou de viande
rouge seront toujours à leur meilleur avec un vin rouge, mais
ceci n’est pas un absolu. La puissance est à la base du choix du
vin. Dans le cas d’un fond de volaille, il peut se marier avec
un vin rouge léger, un vin rosé ou avec un vin blanc. Dans ce
cas-ci, l’aliment de base est souvent plus important que la
sauce en tant que telle. Pour ce qui est des fumets de poissons
ou de crustacés, généralement ils sont à leur meilleur lorsque
jumelés avec un vin blanc. Le Muscadet, les Bordeaux blancs
(Entre-deux-Mers, Graves blanc), les Chablis, pour n’en citer
que quelques-uns, constituent d’excellents choix. Les vins rosés
sont particulièrement à l’aise avec les fumets de poissons ou de
crustacés. C’est encore plus vrai avec un rosé de Provence ou un
Rioja rosé. Pour ce qui est des fonds de légumes ou fumet de
champignons, cela dépend plus de l’aliment de base. Par contre,
ce qu’il faut retenir dans ce cas-ci c’est que les légumes
apportent des goûts « herbacés » et il faut regarder vers les
caractères des vins pour orienter nos choix. Se référer à ce
moment-là au chapitre des accompagnements dans le troisième
volet de cette série de chroniques.
-
B- Les sauces mères : Comme je le disais plus haut les fonds sont la base de
la plupart des sauces. On désigne également les dérivés de ces fonds les «
sauces mères » parce qu’elles sont à l’origine d’une foule de préparations.
-
Sauce espagnole : Avec un fond de veau, on fera une sauce espagnole (sauce
mère), par addition d’un roux brun (farine et beurre grillé), tomates
fraîches, champignons et légumes, qui deviendra par la suite, après
réduction, une demi-glace. De là, on peut modifier à l’infini les sauces en
y ajoutant les ingrédients de notre choix (aromates, fruits, confiture, vin,
liqueur, alcool, etc.). Accords mets et vins : tous les dérivés de la sauce
espagnole ont beaucoup de goûts. Donc les accords devront être en équilibre
aromatique avec la puissance de ces sauces. C’est le premier critère. Le
second critère est la texture. Plus la sauce aura réduit, plus la texture
sera onctueuse et même grasse. Les tannins des vins rouges se plaisent dans
un environnement où le gras domine. Le gras crée une couche enveloppante à
l’intérieur du palais qui atténue la rugosité des tannins et les rend plus
soyeux. En rouge, les gros cabernets sauvignon, les syrahs puissantes, les
merlots charnus, les malbecs et tous les Chianti-Classico, Saint-Estèphe ou
Cahors de ce monde sont des choix à privilégier pour ce type de sauce. Si
vous choisissez un vin blanc (un poisson à chair blanche avec une sauce à
base de fond de veau est excellent) vous aurez besoin d’un vin onctueux et
assez puissant. Un chardonnay boisé par exemple ou un vin à base de grenache
blanc (Châteauneuf-du-Pape ou Côtes-du-Rhône blanc). Par opposition, une
sauce liquide ou de consistance plus fluide, même si celle-ci est dotée
d’une certaine puissance aromatique, sera plus à son aise avec un vin muni
d’une structure tannique délicate. Comme un vin à base de pinot noir
(Bourgogne), de gamay (Beaujolais), certains merlots souples (Fronsac,
Premières Côtes de Bordeaux), certaines syrahs ou shiraz australien ou des
vins à base de grenache noir.
-
La Béchamel ou sauce blanche : Une béchamel est une sauce mère à base de
lait et d’un roux blanc (farine et beurre légèrement chauffé et sans
coloration). Ce qu’on appelle généralement une sauce blanche est faite de la
même façon, mais avec de l’eau, du vin blanc ou un fond de volaille à la
place du lait. Il s’agit également d’une sauce mère. Ces sauces ayant peu de
goût, mais une texture relativement onctueuse seront à leur aise avec un vin
ayant une texture ample, mais assez léger du point de vue aromatique
(Chablis, Bordeaux blanc). Une béchamel ou une sauce blanche additionnée de
crème fraîche deviendra une sauce suprême. Sa texture sera plus épaisse et
onctueuse. Dans ce cas-ci, un vin plus texturé et gras sera de mise (Chablis
grand cru, Bourgogne blanc, chardonnay du Nouveau Monde). L’addition d’un
fromage, généralement du gruyère râpé, à une sauce béchamel en fera une
sauce Mornay. Le fromage ajoutera de la texture et aussi de la puissance
aromatique. Nous aurons besoin à ce moment-là d’un vin ayant une certaine
puissance aromatique et doté d’une texture ample et grasse (Chardonnay
puissant).
-
La sauce aux tomates : La tomate fait partie de la cuisine
méditerranéenne, italienne, internationale et créole. En fait, elle est
partout. Elle est employée pour sa couleur, son acidité et surtout pour son
goût. Généralement, la sauce aux tomates est constituée d’échalotes émincées
blanchies et d’une réduction de tomates fraîches concassées, additionnées de
sel et de poivre. Sous sa forme « mère » la sauce aux tomates (ou sauce
tomate) a pour particularité d’être assez acide et moyennement goûteuse.
Ainsi, un vin ayant une bonne acidité et moyennement corsé fera un mariage
réussi. En rouge, un vin à base de pinot noir, un sangiovese (Chianti), un
Montepulciano d’Abruzzo, un Barbera d’Asti ou Barbera D’Alba ou un
Valpolicella pour n’en nommer que quelques-uns, feront l’affaire. Les blancs
sont moins à l’aise avec la tomate. Un rosé par contre fera un excellent
mariage. Les dérivés de la sauce aux tomates sont nombreux. Une sauce rosée
est une sauce aux tomates additionnée de lait ou de crème. Dans ce cas, un
vin rouge léger conviendra parfaitement, de même qu’un vin rosé. Additionnée
de viande, une sauce aux tomates devient une sauce bolognaise. Nous aurons
besoin d’un vin plus corsé et texturé à cause de la viande qui apporte plus
de puissance aromatique et aussi une texture plus grasse. Un vin ayant une
bonne acidité, mais aussi avec une charpente plus solide comme un Chianti-Classico,
un Barolo, un Bandol ou un Valpolicella « ripasso » par exemple. Les vins
blancs, même les plus puissants, sont peu recommandables. En ce qui concerne
les rosés, il vous faudra un rosé qu’on qualifie de « rosé de repas » comme
un Lirac rosé ou un Tavel par exemple.
-
C- Les vinaigrettes : Les vinaigrettes sont généralement à proscrire avec le
vin. Mais si vous voulez absolument marier un vin avec votre salade par
exemple, il faudra regarder vers des vins où l’acidité est à l’avant-plan,
un riesling ou un sauvignon par exemple. L’acidité rehaussera l’amertume des
vins rouges quels qu’ils soient.
Conclusion : Il y aurait tant à dire sur le sujet.
Je n’ai fait que l’effleurer. Mais j’espère toutefois avoir réussi à
vous éclairer à propos des accords mets et vins et de l’importance qu’ont
les différents modes de cuisson, les accompagnements et les sauces.
Suggestions de la semaine :
Nero d’Avola, ERA, I.G.T. Puglia, Casa Vinicola Botter Carlo & C. SPA, 2008, Code SAQ : 1101562 Prix : 15,45 $
Le nero d’avola est un des cépages les plus employés
dans le sud de l’Italie, que ce soit en Sicile ou,
comme c’est le cas ici, dans les Pouilles. Celui-ci
est issu de l’agriculture biologique. Doté d’une
robe de couleur cerise noire, il dévoile un bouquet
expressif où l’on retrouve des parfums de pruneaux,
de cerise noire confite, de bois et de terre humide.
Il est muni d’une bouche sapide, ronde et charpentée.
Les saveurs qu’on y perçoit sont identiques aux
arômes déjà détectés à l’olfaction. Se mariera à
merveille avec une escalope de veau aux champignons
ou un filet de porc.
Chardonnay, Marquis de Goulaine, Vin de Pays du Val de Loire, Code SAQ : 446179 Prix : 12,30 $
Bien connu au Québec grâce à la marque de commerce La Sablette (Muscadet,
Chinon, Sauvignon, etc.) le producteur de la Loire Marcel Martin nous
présente ici un chardonnay typiquement nordique, vif et fringant doté d’un
bouquet assez aromatique marqué par des notes de melon, de zeste de citron,
de pomme verte et de caramel. Les saveurs de citron s’imposent en premier et
sont rejointes par des notes de pomme verte. Somme toute, un vin sans
paillettes qui sera à l’aise lors des dîners de semaine.
Haut de page
Pour accéder aux publications
précédentes,
cliquez ici. Pour voir mes plus récents livres en librairie,
cliquez ici.
Jean-Louis Doucet
Votre cyber-sommelier
© Tous droits réservés / All rights
reserved lecyber-sommelier.com
|